Il est l’ange gardien du collège, le défenseur de la propreté dans un monde submergé de cartons de pizza et de sac McDonalds. Demandez aux élèves ! Tous le connaissent et le reconnaissent : d’une démarche inégalée, le rouleau de sac poubelles glissé dans la poche arrière du jeans, il déambule dans les couloirs du Collège du Sud à la recherche du moindre grain de poussière. De qui parlons-nous ? Mais de Jean-Marc Seydoux bien sûr, notre estimé concierge qui a bien voulu répondre aux quelques questions de doublecreme.
- Vous êtes un peu comme un mythe ici au Collège du Sud, tout le monde sait que vous travaillez ici, mais personne ne sait depuis quand ! Alors, ça fait vraiment longtemps que vous travaillez ici ?
C’est vrai que je travaille ici depuis un sacré moment. En fait, j’ai commencé en 1994, à l’ouverture du Collège du Sud. Avant, j’avais travaillé pendant 2 ans pour le C.O., je m’occupais de la piscine et des halles de gym. En fait, à la base, j’étais menuisier. J’ai été engagé pour la première fois en tant que concierge par le Cycle d’Orientation.
- Vous avez vu passer de nombreuses volées d’élèves au Collège. Estimez-vous que les élèves qui hantaient ces couloirs il y a dix ans manifestaient plus de respect pour votre travail qu’à l’heure actuelle ?
Pour être franc, je ne crois pas qu’il y ait la moindre différence entre les élèves actuels et ceux des volées précédentes. Nos rapports n’ont jamais été catastrophiques, c’est vrai, mais ça n’a jamais été génial non plus. Je veux dire que les élèves ne désirent pas volontairement m’ajouter du travail en laissant leurs déchets par terre ! Il s’agit plus, selon moi, d’une accumulation d’inattentions, ou alors juste de flemme : on préfère jeter le papier n’importe où plutôt que de marcher 3 mètres et le mettre à la poubelle. Il y a aussi un problème dans le tri des déchets. Par exemple, il m’arrive assez souvent de retrouver des bouteilles encore à moitié pleines dans les poubelles de PET! Et du coup, je me retrouve à devoir descendre vider la bouteille pour ensuite l’écraser et la jeter. Par contre, pour les portes gobelets, je dois avouer que ça fonctionne assez bien, pour le moment.
- En parlant des élèves, y’en a-t-il souvent qui vous aident à nettoyer ?
Oui, il y en a assez souvent, environ 2 par semaine. En général, ils m’aident beaucoup : ils passent l’aspirateur ou ramassent les déchets au coin convivial. Dans l’ensemble les élèves sont sympas, ils m’aident volontiers et ne rechignent jamais à travailler. Pourtant cela pourrait être vu comme une punition !
- Tout le monde parle de la saleté au coin convivial, que devrait-on faire pour améliorer la situation ?
Malheureusement, je n’ai pas de solution miracle. J’ai déjà soulevé plusieurs fois le problème auprès de la direction, j’ai d’ailleurs envoyé récemment un courriel au recteur. D’abord, nous avions mis en place un tournus avec les proviseurs. Tous les jours, l’un d’entre eux passait au coin convivial et demandait aux élèves de nettoyer les gros déchets. Mais ça n’a pas tardé à tomber à l’eau ! Ensuite, des élèves ont été payés 25 francs de l’heure pour faire exactement le même travail. Là, même résultat, ça a été abandonné après un ou deux mois. En fait, depuis février de l’année passée, plus rien n’est fait. Moi, je ne suis pas là pour faire de la discipline, je suis là pour enlever la poussière ou récurer, pas pour mettre à la poubelle les cartons de pizza ou les sacs McDonalds ! Ca, c’est à chacun de le faire…
- Selon vous, faudrait-il remettre en place ce principe de tournus chez les proviseurs ?
Oui je pense. Maintenant, c’est gentiment en train de se remettre en place depuis début janvier. Mais c’est indéniable : quand un proviseur passe au coin convivial, il y a moins de déchets le soir. Mais quand personne ne passe, c’est la catastrophe ! Par exemple, des fois, je m’amuse à faire des expériences. Je choisis un endroit dans le collège et je ne le touche pas pendant 1 ou 2 jours. Résultat : cette semaine, deux plateaux de la cafétéria, avec leurs assiettes et la sauce qui les accompagne, ont traîné au coin fumeur ! Au coin convivial, une assiette de la cafet’ est également restée deux jours sur une table, sans que personne n’y touche !
- Le problème au coin convivial reste donc insoluble ?
C’est un problème compliqué. Je pense qu’il faudrait peut-être mettre en place plus de prévention, de sensibilisation. De toute façon, punir, c’est presque impossible. Tous les étudiants ont toujours la même réponse dans la bouche : « C’était déjà là avant ! C’est pas nous ! C’est pas de notre faute ! » Le coin convivial est toujours sale, mais il semblerait que personne ne le salisse jamais !
- Terminons par une question plus personnelle. Vous êtes souvent parodié, moqué, notamment lors des traditionnelles soirées humoristiques. Que pensez-vous de ces imitations ?
Je sais que l’année passée, j’avais un rôle assez important dans la soirée humoristique, mais je n’ai pas vu à quoi je ressemblais… De toute façon, ça ne me dérange pas trop, je trouve même ça assez drôle d’être parodié par les élèves, tant que ça reste dans la limite du raisonnable.
Jérémy Rico


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