Depuis le séisme qui a frappé Haïti la semaine dernière, les reportages se succèdent. Seulement, comment se fait-il que tant de journalistes aient réussi à se rendre dans le pays, alors que les secours ont tant de mal à acheminer de l’aide? Trop de journalistes ne nuisent-ils pas à l’organisation des secours? Les reporters prennent-ils la place des humanitaires?
Pour se rendre à l’endroit du sinistre les possibilités sont diverses. Ainsi, beaucoup de journalistes américains se sont tournés vers les places disponibles dans les avions de l’armée. Celle-ci en aurait, d’ailleurs, déjà transporté une cinquantaine de ou à Port-au-Prince depuis le séisme.
Les organisations humanitaires sont un autre moyen pour les envoyés spéciaux d’atterrir à Haïti. En outre, Médecins du Monde a reçu de nombreuses demandes pour embarquer dans son avion mais l’ONG a respecté ses priorités. L’avion est donc parti avec du matériel et deux logisticiens, et ne possédait pas de place supplémentaire. Autre cas de figure: des associations peuvent inviter un reporter à faire le voyage avec elles pour faire connaître leur action et leur travail. Enfin, il est possible de rejoindre l’autre partie de l’île, la République Dominicaine, par ses propres moyens et de là, traverser la frontière haïtienne avec un convoi humanitaire par exemple.
Les journalistes disent donc ne pas se substituer aux éléments essentiels se rendant à Haïti, ou aux réfugiés qui prenant le chemin inverse, alors que certains secours attendent pourtant toujours de pouvoir partir. Qu’en est-il aussi sur place? Certains suggèrent que les très nombreux journalistes qui sont à Port-au-Prince consomment des ressources qui pourraient être bien mieux utilisées. Personne ne remet en cause la nécessité des médias après une telle catastrophe. Les humanitaires sont les premiers à souligner qu’ils ont besoin de la médiatisation pour qu’il y ait une prise de conscience et une campagne de dons efficace. Seulement les journalistes ne seraient-ils tout simplement pas trop nombreux ?
Par exemple, aux États-Unis, le phénomène des « reporters stars » se mettant en scène entrain de sauver des vies sur le terrain participe à un certain flou autour du rôle des médias à Haïti, et de la nécessité des moyens mis en œuvre. De plus, les grandes chaînes de télévision américaines possèdent chacune 50 employés sur place.
La solution serait peut-être d’envoyer un nombre limité de journalistes internationaux qui seraient les seuls à avoir accès au terrain, qui alimenteraient les autres médias. Mais une telle mesure présente un danger qu’aucune démocratie ne peut se permettre: sacrifier la diversité de l’information.
Désormais, la plus grande crainte du côté des humanitaires est de voir le souffle de la médiatisation s’envoler, aussi vite qu’il ne s’est posé.
Grégoire Fleurot | http://www.slate.fr/ | MR


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