C’est toujours un réel plaisir de découvrir de nouveaux groupes car on peut parfois y dénicher des perles rares. Et Cromer ne fait pas exception à la règle ! Depuis plus de deux ans, le jeune trio qui s’est formé grâce à leur passion commune qu’est la musique, poursuit son chemin tranquillement mais avec une perspective d’avenir remplie de projets. Gros plan sur trois personnalités à la fois simples et décalées, dans une ambiance à la saveur parfumée d’un authentique Earl Grey…
Pardonnez-moi, mais il faut toujours passer par les ennuyeuses et banales formalités au début. Pour l’instant, je vous laisse le soin de vous présenter de façon totalement professionnelle.
Cromer est un ensemble de musique contemporaine « rock » composé de trois musiciens : Paul et Emile Schaffner et Tristan Traiber, respectivement percussionniste, guitariste-auteur-compositeur-arrangeur-interprète, et bassiste. Crée en début 2009 par les frères Schaffner, la venue attendue d’un bassiste en juin 2009 a complété la formation pour atteindre sa forme actuelle et a marqué le vrai début des répétitions.
L’année passée, vous avez remporté le premier prix du Concours 2010 des Jeunes Groupes et vous avez eu la chance d’obtenir deux jours et demi d’enregistrement. Depuis, les choses se sont accélérées ?
Emile : Pas vraiment… C’est-à-dire que je ne suis pas particulièrement doué dans la recherche de concert, si je peux me permettre…
Tristan : On a été préoccupés que par le studio, on ne répétait plus que pour ça.
Emile : Du coup l’après-studio, c’est un peu l’après-apocalypse. On a un projet de tournage de clip d’une de nos chansons, produites par une association de théâtre-et-activités-artistiques-diverses dont je fais, oh hasard, partie.
Et comment l’aventure a commencé ? Par une belle journée ensoleillée, l’illumination est apparue au beau milieu d’un plat de spaghetti carbonara – « de la musique vous ferez » – et les lettres formant le mot Cromer ont subitement commencé à se distinguer parmi les petits dés de jambon ?
Paul : Ouais, c’est juste.
Emile : Paul a de la peine à communiquer en dehors du cercle familial, vous comprendrez… Euh, non, non, non. À la base, c’était moi qui voulait fonder un groupe, un peu en réaction de gens de ma classe, qui avaient déjà un groupe qui faisait deux-trois concerts, le rock a un peu été une révélation pour moi : [Tristan : Ça dépend ce que t'appelles "rock"...] je n’avais fait que du chant classique jusqu’en 8-9è, et c’est en écoutant Muse que j’ai commencé à découvrir la musique de maintenant. Du coup, mon piti frère [Paul : Mh...] a été la première personne vers laquelle je me suis tourné ; heureusement, il a accepté. Notre premier concert, c’était le gala de notre école de musique, en mars 2009. Anecdote marrante, entre les deux chansons qu’on avait faites, la première composition ainsi qu’une reprise de Sunburn de Muse, j’en avais profité pour faire une annonce : « On cherche un bassiste ». C’est alors que le frère de la filleule d’un professeur de notre école de musique nous a contacté, et depuis, voilà.
D’ailleurs, pourquoi « Cromer » ? Parce que d’après mes sources, c’est également le nom d’un village côtier du comté de Norfolk en Angleterre.Emile : Pardon ? Je, je connais pas. Aucune idée. Quoi ? Mon frère aurait fait un voyage là-bas qui l’a charmé, dans une ville dont la sonorité nous paraissait agréable ? Je vois pas de quoi vous parlez. Tu veux rajouter quelque chose, Paul ?
Paul : (Réflexion intense.) Non. (Fait mine de continuer à réfléchir.)
Au fait, qui est le plus bizarre entre vous trois ?
(Réaction simultanée.)
Emile : Tristan.
Paul : Emile.
Tristan : Paul.
Abordons un sujet qui fâche ; Emile, tu es le seul chanteur dans le groupe. Est-ce que ça sous-entendrait que Paul et Tristan chantent vraiment mal ?
Emile : Mais noooon ! Paul fait des deuxièmes voix – enfin, il fait du backing vocals, dans le jargon – et sur certaines seulement, quand il ne crise pas.
Paul : Haha. (Rire jaune.)
Emile : Par contre, Tristan, on l’a jamais entendu chanter. Peut-être qu’il n’a pas de cordes vocales. On devrait vérifier.
Muse, Radiohead, Jimi Hendrix, Portishead, The Prodigy… Que des références anglophones. Je suppose alors que la langue de Molière est bannie de votre répertoire. C’est parce que chanter en français ça fait tout de suite moins « international » ?
Emile : Non, pas vraiment. On m’avait déjà plusieurs fois fait la remarque, dans le genre « La langue française est si riche, pourquoi ne pas en profiter ? Tu as honte de ton patrimoine ? » Et non, c’est pas ça. Premièrement, je n’aime pas comment la langue française chantée sonne. Ensuite, c’est aussi pour cacher la signification des paroles : je ne pourrais pas chanter, déclamer vaillamment en français que j’ai peur du décès de ma mère, je pourrais pas.
Paul : On invente une nouvelle langue ?
Vous me semblez être des garçons assez calmes et réfléchis. La fameuse maxime « Sex, drugs and rock’n'roll » de Ian Dury, ce n’est pas trop votre tasse de thé ?
Emile : En parlant de thé, c’est ce que l’on prend au milieu de chaque répétition, c’est un peu le rituel post-compositionnel. Je suis calme ?
Paul : On est tous calmes.
Emile : Ouais, d’accord. Pff. Ouais, le rock s’essouffle, on est trop pas des révolutionnaires. Enfin, parler de ça c’est toujours revenir à des clichés somptueusement usés et abusés.
Tristan : Ok.
Emile : Tristan, c’est bon signe.
Si je vous demande « qu’est-ce que la musique en tant que musique », vous me répondez…
Paul : Qu’est-ce que la musique en tant que musique ?
(Silence.)
Emile : SALUT PAUL.
(Silence.)
Emile : Ouais, la musique pour moi c’est toute ma vie, je pourrais pas vivre sans, je rigole mais au fond c’est vrai, je veux dire, le monde d’aujourd’hui c’est trop un monde homogène, il y a plus aucune diversité, biensûr que oui, tout se ressemble, c’est trop nul, je viens de découvrir des nouveaux artistes géniaux, genre Flying Lotus, tu connais Emilie Simon aussi ? C’est de la balle. Enfin, seulement le premier album. Le deuxième est nul. Point.
Finalement, Cromer c’est juste une bande de potes qui vit pour la musique et qui s’amuse, ou alors c’est un projet beaucoup plus ambitieux pour l’avenir ?
Paul : C’est un projet beaucoup plus ambitieux pour l’avenir.
Emile : Oui, et oui.
Tristan : Je viendrais pas jusqu’à Lausanne sinon…
Emile : Il faut dire que Tristan vient de loin. Très loin. PLUS DE TRENTE MINUTES en voiture ! Il est d’Etoy. Ouais, à côté d’IKEA.
Tristan : Nan, c’est à Aubonne, IKEA.
Emile : Ouais, à côté d’à côté d’IKEA. Enfin.
Paul : Aïe mon cul !
Emile : Paul s’est pété la gueule dans un fauteuil. Just sayin’ . Le mot de la fin, Tristan ?
Tristan : (Silence.)
Emile : Magnifique, une référence à la chanson Silence de Portishead, tu relances vraiment le concept, faudrait qu’on utilise ça dans une de nos chansons… Ah, d’ailleurs, j’allais oublier, mais on a une page facebook (recherchez « Cromer ») et une page Soundcloud (dans le genre myspace), sur lesquelles on publiera les chansons qu’on a enregistrées en studio, qui sont deux, Protection et Leave The Cloud.
Interview d’Emilie Cronier.
Photos de Victor Hunziker.












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