Comment les relations avec les jeunes se passaient?
Jennifer : Il y a un monstre décalage. Ils vivent dans des villages où il n’y pas l’eau courante, ni l’électricité, pas de télé, et ils ont peut-être vu quelques fois dans leur vie une voiture… ! Nous n’avions pas du tout les mêmes centres d’intérêts.
Lola : Tous les enfants de 4-5 ans portaient déjà leurs petits frères ou sœurs sur le dos, et un enfant de une année et demie, deux ans sait qu’il doit monter sur le dos de leur maman lorsque celle-ci se baisse avec le tissu sur le dos ! C’est impressionnant !
Jennifer : En Afrique, ce n’est pas les mères qui s’occupent de leurs enfants, car elles travaillent dans les champs pour la plupart, mais leurs frères ou sœurs. Fanta, une fille du village, qui devait avoir 5 ans, prenait avec elle son petit frère partout ! Même en classe, et il pleurait tout le temps! Il avait peur de nous, on ne pouvait pas le toucher. Ou encore, lorsque qu’elle jouait à un jeu, par exemple à la corde à sauter, si son frère se mettait à pleurer, elle arrêtait de jouer et le reprenait sur son dos. Cela toute la journée !
Est-ce que vous vous êtes senties bien intégré, ou au contraire étiez-vous un peu exclue de cette culture ?
Lola : Oui bien sûr ! Les gens là-bas sont tellement accueillants et chaleureux… Jennifer : Oui, nous nous entendions vraiment bien avec tout le monde. Le fait de vivre avec des Burkinabés nous a vraiment intégré à leur culture. Mais c’est vrai que de temps en temps on ressentait quelques ambiguïtés du fait que nous étions blanches. Blanc en Afrique se traduit souvent par “ riche “. Il y avait quand même quelques jalousies au sein du groupe lorsque que l’on offrait quelque chose à quelqu’un et pas à l’autre…
Lola : Pour revenir aux jeunes qui étaient avec nous, ils étaient tous très matures. J’aurais donné peut-être 24 ans à Yasmine, mais elle en avait seulement 16. Pour les garçons, c’est pareil. Et comme il n’y pas de contraception, elles sont souvent maman à 15-16 ans, de père différents, puisque c’est un pays à majorité musulmane, et la polygamie y est fréquente.
Jennifer : Ils n’ont pas la même vie que nous. Ils font face à des problèmes autres que les nôtres. Nous n’avons par conséquent pas la même maturité.
Est-ce que ça vous a paru étrange ?
Jennifer : Oui ! Mais tu vois, par exemple, Yasmine qui avait 16 ans, je lui faisais totalement confiance, comme si elle en avait 10 de plus ! Les trois filles qui étaient avec nous, c’était un peu nos mères…
Lola : Elles ont beaucoup plus d’expérience de la vie que nous… Ils avaient également d’autres préoccupations que nous. Dans les villages par exemple, c’était de trouver à manger. Ils étaient presque tous orphelins de père ou de mère. Certains, des deux. Les filles qui faisaient le chantier avec nous avaient les trois subît l’excision, et souvent, leurs parents n’étaient pas d’accord, c’était leurs tantes ou une autre personne de la famille qui le faisait. C’est atroce. Elles avaient environ 4 ans et s’en souviennent comme si c’était hier, deux d’entre elles se sont fait battre lorsqu’elles étaient encore enfants.
Sur les photos que Lola a mise sur facebook, tout à l’air très rudimentaire, le village semble à des kilomètres de la civilisation, est-ce que le confort occidental vous a manqué ?
Les deux : Oh oui, honnêtement, plus que ce qu’on avait imaginé !
Si on vous donnait un objet ou n’importe quoi qui vous a manqué là-bas, ce serait quoi ?
Lola : Pour les deux ce ne serait pas la même chose !
Jennifer : La douche !
Lola : Mon lit !
(Rires)
Jennifer : La douche, ah la douche, c’était quelque chose ! Pour commencer, on allait chercher un bidon d’eau à la pompe. Les enfants nous aidaient souvent à les porter ! La douche, c’est 4 murs, à l’air libre. On se douchait toujours ensemble, avant de souper, c’était bien drôle, on se racontait nos journées… Mais l’eau n’était pas propre, on avait un savon plein de sable…. Et les linges ! On avait des linges pour la montagne, censé sécher super rapidement, mais au bout de trois semaines, c’était terrible, ça puait le chameau. On était plus ou moins propre, malgré l’eau le savon et les linges ! Le déodorant, c’était orgasmique !
Lola : Nos habits étaient ni secs, ni propres, à cause de l’humidité. Quand on faisait la lessive, ça nous prenait tout l’après-midi, et les enfants du village restaient autour de nous, c’était sympa. La nuit, c’était terrible! Il faisait tellement chaud, qu’on dormait super mal. Il y avait pleins d’insectes partout, des termites, chauve-souris, araignées… Et on entendait les ânes toute la nuit. La première nuit, Jenn et moi, on s’est réveillées en sursaut et avons cru qu’un âne se faisait égorger, mais en fait, il pleurait simplement, c’était impressionnant les cris qu’ils faisaient. On a dormi sans moustiquaire parce qu’il faisait trop chaud ! Pendant trois semaines, on s’est fait manger par les moustiques et Jennifer a eu une infection à la fin du séjour.
Et vous arriviez à donner des nouvelles à vos familles ?
Lola : Oui par moment. Il y avait du réseau près d’un petit lac pour les bœufs, vers la route. On pouvait parfois envoyer un message, j’ai appelé ma famille deux fois durant le voyage car ça coûte super cher.
Et que disait vos familles sur vos aventures ?
Jennifer : Ma mère s’inquiétait beaucoup…
Lola : Mon frère, la première chose qu’il m’a demandé : «T’as à manger ? » Mais ça nous faisait plaisir de se parler un peu, c’était assez dingue car on ne vivait vraiment pas dans le même monde ces trois semaines.
(Rires)
D’ailleurs, sur les photos que Jennifer a posté, on voit un plat de riz, et Jennifer écrit que vous avez mangé ça quasiment tout le temps…
Lola : Ouais, du riz pendant trois semaines, parfois des pâtes, mais le couscous, c’était la fête ! Ca prenait beaucoup plus de temps à préparer mais c’était tellement bon ! Jennifer : La même recette, les mêmes légumes, enfin ce qui restait après qu’on ait enlevé ce qui était pourri… Il fallait trier le riz, parce qu’il y avait souvent des moucherons séchés dedans ou des bouts de cailloux. Ils mettaient dans un grand plat, et tout le monde mangeait ensemble. Les repas étaient vraiment un bon moment de la journée.
Est-ce que vous vivez différemment depuis que vous êtes rentrées ?
Lola : Tu vis pareil, mais tu vois les choses différemment, tu fais plus attention à certains trucs, comme l’eau, et tu relativises… Mais c’est vrai qu’on se sentait parfois complètement décalés au retour, ce n’était pas facile, tu te sens tellement révolté ! Mais on le savait avant de partir et on savait qu’on devrait faire très attention au retour.
Jennifer : Le début, c’était très dur. On attendait plus que de manger une pizza, c’est tout con, on a été au Gruyérien et de voir tous ces gens devant une telle abondance de nourriture, à parler de la pluie et du beau temps comme si personne ne souffrait à côté … Alors que hier t’étais en Afrique, dans un village ultra-pauvre ou les enfants avaient tout juste de quoi boire et manger! J’ai pleuré, tellement c’était choquant et dur…
Lola : On fantasmait sur une cette pizza depuis trois semaines… Et le jour où on était vraiment devant, on a été incapable de la manger.
Et vous conseilleriez à tout le monde de faire ça ?
Les deux : Non !
Lola : Je pense qu’il faut en avoir envie, et de savoir pourquoi on part! Ca ne doit pas être quelque chose pour se faire bien voir ! Si tu fais ça pour toi, tu n’apporteras rien aux autres ! Mais les gens qui en ont vraiment envie et qui savent pourquoi ils partent, c’est vraiment génial, je leur conseille vraiment de partir, car il n’y a pas assez de personnes qui le font, Il y a tellement de pays comme ça et beaucoup de monde n’en a rien à faire ! C’est affreux ! Je dis pas qu’on doit le faire à 15 ans, pas du tout, mais plus tard, oui !
Jennifer : C’est quand même difficile, il y a des jours où on en a eu marre, à cause du chaud, j’étais malade… Nous c’était vraiment un rêve de faire ça, alors ça a été !
Un dernier mot, pour conclure ?
Jennifer : J’attends plus que de repartir !
Lola : Moi aussi !!
Lauriane Laville.













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