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Portrait de la semaine: Jean- Marc Tetaz

Portrait de la semaine: Jean- Marc Tetaz

C’est avec un plaisir peu commun, et un honneur tout particulier que Doublecrème vous présente son Portait de la semaine.
Attention Mesdames et Messieurs, soyez prêts, car ce n’est pas un professeur de sciences des religions comme les autres. Il défie toute catégorie de prof et nous en met plein la vue. En effet, voici pour vous, et en exclusivité, le grand, l’admirable et le très connu, Monsieur Jean- Marc Tetaz.

1. Lorsque l’on est petit garçon, on veut tous devenir pompiers, astronautes,pilotes d’avion de chasse,… vous, quel était votre métier rêvé? Etait-ce déjà la théologie?

Non c’était l’archéologie. Adolescent, je possédais une petite collection de tessons romains, et même quelques-uns de l’âge du bronze, que j’avais trouvés généralement dans les plattes-bandes de Vidy, à Lausanne, là où se trouvait jadis le vicus de Lousanna.

2. Qui vous a transmis le goût de cette branche?

Le goût de l’archéologie m’est venu à l’âge de six ans, lors d’une fête paroissiale dans la campagne genvoise (à Russin) où je me trouvais par hasard avec mes grands-parents; l’église avait fait l’objet de fouilles, et une visite guidée était organisée dans le cadre de la fête de paroisse. J’ai trouvé ça si passionnant que depuis lors, j’ai collectionné les coupures de presse sur les découvertes archéologiques régionales et silloné la Suisse romande avec ma mère pour visiter tous les chantiers de fouilles.
Le goût de la théologie m’est venu plus tard, vers l’âge de 16 ans, après mon catéchisme (protestant). Ce fut sans doute lié d’une part à une quête spirituelle assez caractéristique de cet âge, et d’autre part à un intérêt intellectuel pour ce type de questions spéculatives. C’est aussi l’époque où j’ai commencé à m’intéresser à la philosophie, grâce à un maître remarquable, Pierre-André Stucky, et à lire Kant.

3.Quel est, en quelques mots, votre curiculum vitae?

Le gymnase de la Cité, à Lausanne, avec quelques maîtres marquants comme Jacques Chessex (passionnant ou insupportable, avec des colères grandioses et des envolées inoubliables, totalement imprévisible), Pierre-André Stucky (un philosophe avant d’être un enseignant, ce qui est probablement la seule façon d’enseigner la philosophie), ou encore un maître de latin. Michel Chauvy, qui nous a donné autant le goût de Furtwängler (dont il nous passait chez lui les enregistrements alors introuvables) que de la littérature latine; puis une année comme ensignant au Burkina-Fasso (à Ouagadougou); ensuite des études de théologie et de philosophie, d’abord à Lausanne puis à Göttingen (qui est devenue ma patrie intellectuelle), où j’ai découvert les problématiques et les penseurs qui m’intéressent jusqu’aujourd’hui: les questions à cheval entre philosophie, théologie et sciences humaines, des auteurs comme Schleiermacher, Troeltsch, Weber, Fichte et le néo-kantisme; ainsi que la littérature allemande: Goethe, Thomas Mann, Lessing, Fontane, le romantisme, Hölderlin. Il faut dire qu’au milieu des années quatre-vingt, la théologie protestante était en pleine réorientation; on redécouvrait les grandes figures du XIXe et et du début du XXe siècle, on reprenait à nouveaux frais les débats autour d’un thème largement forclos entre 1920 et 1970: la religion! Un certain nombre de jeunes privat-docent de Göttingen, étaient au centre de ce mouvement. Je leur dois l’essentiel de mes intérêts et, pour une bonne part, ma façon de poser les problèmes et de travailler. Puis j’ai commencé à travailler à une thèse en théologie, sur Ernts Troeltsch, qui est peu à peu devenue une thèse en philosophie sur Nietzsche et le néo-kantisme (un bel exemple de dynamique de la recherche qui m’a conduit là où je ne pensais pas aller). Je suis resté en Allemagne jusqu’en 2002, à Göttingen, puis à Heidelberg enfin à Essen, au rythme des projets, des publications et des places de travail. En 2002, je suis rentré en Suisse pour des raisons surtout familiales, et j’ai obtenu pour quatre ans un poste de premier assistant en philosophie moderne à l’Université de Lausanne. Après une formation à la HEP de Lausanne et un an d’enseignement au gymnase (allemand et science des religions), j’ai obtenu un poste de lecteur en Science des religions à Fribourg.

4. Qu’est-ce qui vous plaît dans le domaine de la théologie, la science des religions?

Dès le début, ce qui m’intéressait en théologie, c’était le lien avec les sciences humaines et la philosophie, une problématique complètement en porte-à-faux avec la façon dont pratiquait la théologie à Lausanne au début des années quatre-vingt. Ces questions sont restées au centre de mes intérêts. Ce n’est donc pas un hasard si je me suis tourné ver la philosophie et la science des religions. J’apprécie de pouvoir combiner des approches très diverses: historico-philologiques, sociologiques, philosophiques etc. sur des phénomènes complexes et passionants. J’apprends probablement au moins autant que mes étudiants en préparant mon enseignement. Ce constant renouvellement est extrêmement enrichissant. Le champ de la science des religions est en pleine réorganisation, autour du paradigme des sciences de la culture. Cela soulève des questions extrêmement intéressantes autour du concept de culture, à la jonction entre la science des religions et la philosophie. Il y a là d’immenses chantiers qui vont nous occuper un certain temps encore.

5.Vous enseignez à l’université, avez-vous eu peur d’enseigner à des élèves du collège n’ayant pas le choix d’étudier les sciences des religions et qui, par conséquent, manquent de motivation ?

Non, nullement. La tâche d’un enseignant, c’est de motiver ses élèves, de leur donner goût à une discipline qu’ils ne connaissent pas. D’ailleurs, au Collège, la science des religions est une discipline qui a beaucoup de succès en ce moment. Ce que je craindrais plutôt, c’est la routine: répéter six fois le même cours dans la semaine n’est pas toujours très passionnant. Et le charme de l’enseigment universitaire, c’est le lien entre recherche et enseignement. Ce lien me manquait dans le secondaire supérieur.

6.On vous a aperçu lors d’une émission à « la Télé », vous avez écrit une thèse, vous avez beaucoup voyager et si l’on tape votre nom sur internet, de nombreuses pages vous concernent. Vous êtes en quelques sortes une célébrité ? Comment en êtes vous arriver là ? Est-ce que cela vous plaît ?

Je doute être une célébrité. En tous cas sûrement pas parce que je passe de temps en temps à « La Télé » ou à la radio ! Il s’agit de succès éphémères et non dépourvus d’ambiguïté. Ce que l’on est, et dans une moindre mesure ce à quoi on est arrivé, est le résultat d’une foule de facteurs. On a de l’influence sur certains, sur d’autres beaucoup moins, d’autres enfin nous échappent complètement. Difficile donc de dire comment j’en suis arrivé là. Comment identifier le facteur décisif, la « cause adéquate »? Mais une chose me paraît essentielle: je ne serais arrivé à rien si d’autres ne m’avaient pas fait confiance, ne m’avaient pas soutenu et ne m’avaient pas donner leur reconnaissance (au sens de l’allemand Anerkennung), leur amité et même parfois davantage. Ce qui me plaît, ce n’est pas tant de passer à l’antenne (même si j’y trouve naturellement une petite satisfaction)  que d’avoir la possibilité de me consacrer à des tâches qui m’intéressent vraiment, de pouvoir en quelque sorte faire de mes intérêts mon gagne-pain. C’est, je crois, le privilège essentiel de l’intellectuel ou de l’universitaire. Je suis tout à fait conscient qu’il s’agit là d’une chance immense.

7. Vous avez l’air d’être épanoui, un mariage récent, deux charmants petits garçon ainsi qu’une vie bien remplie autour de votre métier, vous manque-t-il quelque chose?

Du temps, du temps, et encore du temps! Pour être avec ma femme et mes enfants, pour lire, pour écouter de la musique (classique d’Ockeghem à Xenakis) , pour aller en montagne. Et pour écrire!

PC

This post was written by:

priscillac - who has written 19 posts on double crème.


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3 Responses to “Portrait de la semaine: Jean- Marc Tetaz”

  1. jeremyr dit :

    quel sens extraordinaire des « quelques mots » dans les réponses! j’admire! :D

  2. Nitam dit :

    C’est vrai qu’il donne le moindre détail, toujours très pointilleux et très complet !

  3. jozzy-online dit :

    tres interessant, merci

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