Des minarets ressemblant étrangement à des missiles plantés dans un drapeau suisse ; au premier plan, une femme à l’expression menaçante, entièrement recouverte d’un Burqa noir barré d’un énorme « STOPP ». La campagne d’affiches anti-minarets lancée par L’Union Démocratique du Centre à l’occasion des votations du 29 octobre 2009 a défrayé la chronique et divisé les Suisses.
En effet, très rapidement interdite dans plusieurs villes dont Bâle, Lausanne ou encore Fribourg, elle reste autorisée dans certaines autres parmi lesquelles Genève ou Lucerne.
Mais que pensent les jeunes collégiens de ces affiches ? Pour répondre à cette question au combien intéressante, nous avons organisé un sondage parmi une cinquantaine d’élèves du Collège Du Sud. Soucieux d’avoir des résultats représentatifs de la totalité des collégiens, nous avons pris le soin de choisir un panel de sondés très varié. Ainsi, gymnasiens, étudiants de l’école de culture générale ou de l’école de commerce, élèves de première année, de deuxième, de troisième ou de quatrième, tous ont bien voulu remplir notre questionnaire. 10 questions leur ont été posées, avec, à chaque fois, un espace laissé aux commentaires éventuels.
A notre plus grand plaisir, le sondage a toujours été rempli avec attention, honnêteté et minutie. Ceci n’est que prouvé par les quelques surprises qui ont jalonné notre analyse des résultats. En effet, certaines questions nous ont livré des pourcentages pour le moins étonnants. Vous serez ainsi surpris, à la vue des résultats de certaines questions, par le pourcentage d’élèves qui se sont penchés sur le problème des affiches anti-minarets ou encore celui du nombre d’étudiants qui taxent l’UDC de parti raciste.
Résultat
- Suivez-vous le débat concernant les affiches qui font actuellement polémique ?
Oui: 36,17% Non : 63,83%
Les personnes informées du sujet exposé précisent souvent que leur intérêt pour la politique n’est en général pas très étendu, que leur connaissance de cette polémique est vaste, bien que, de nos jours, ils jugent important de suivre l’actualité.
Les élèves, n’ayant pris connaissance du sujet, admettent parfois que c’est par manque d’intérêt, d’autres ont tenu à préciser que c’est par une profonde aversion pour toutes ces campagnes politiques qu’ils ne s’y intéressent plus.
- Pensez-vous que ces publications incitent à la xénophobie ?
Oui : 61,70% Non : 19,15% Neutre : 19,15%
61.70% des étudiants affirment que ces affiches incitent à la xénophobie étant donné que le peuple est, suite à de pareilles provocations, influencé et influençable au sujet de la politique d’immigration. Cela crée également une image très négative de la Suisse.
D’autres ne trouvent pas que ces affiches soient choquantes puisqu’elles sont, selon eux, une reprise des affiches publiées en 2007. Ils certifient qu’il suffit de savoir faire la part des choses et ne pas juger sur des propos d’autrui mais se faire sa propre opinion et savoir la défendre raisonnablement.
19.15% des élèves sont sans avis ; selon eux, chacun est libre de juger – tout dépend de l’interprétation donnée – et il ne faut en aucun cas penser que ce sont les affiches qui créent la xénophobie, elles la renforcent uniquement.
- Dans quel but ces affiches ont-elles été publiées?
Provoquer : 73,47% Convaincre : 22,45% Informer : 4,08 %
La plupart des étudiants affirment que c’est une provocation d’une part réfléchie parce qu’elle convainc et d’autre part exagérée parce qu’elle renouvelle une action déjà vue en 2007.
- Pensez-vous que celui-ci (but) est atteint ?
Oui : 68,09% Non : 14,89% Neutre : 17,02%
Selon 68.09% des personnes interrogées, le but serait atteint simplement en analysant les réactions engendrées par ces publications. Mais, d’autre part, il ne serait pas atteint du fait que les gens sont plutôt dégoutés du parti politique et qu’ils ne s’y intéressent plus.
- Selon vous, l’UDC est-il un parti raciste ?
Oui : 57,69% Non : 19,23% Neutre : 23,08%
57.69% des élèves soutiennent le fait que la publication de pareilles affiches est un manque de respect total envers les autres religions et les personnes étrangères en général. Ils soutiennent aussi le fait que la Suisse est, suite à cela, facilement jugée de pays raciste. D’autres précisent simplement que c’est un parti qui défend ses idées et qu’il faut des partis soutenant des valeurs précises pour qu’une démocratie comme la notre fonctionne.
- Pensez-vous qu’elles représentent fidèlement les idées défendues par l’UDC ?
Oui : 55,32% Non : 19,15% Neutre : 25,53%
Ces affiches sont une exagération qui vise uniquement à susciter de fortes réactions selon 55.32% des élèves ; les autres (19.15%) ressentent immédiatement que c’est à nouveau cet UDC provocateur qui agit.
- Faut-il interdire ces affiches ?
Oui : 38,30% Non : 34,04% Neutre : 27,66%
Nous sommes assez étonnés des résultats de cette question ; nous nous attendions à une plus grande majorité de « oui ». Les avis sont donc très partagés ; en effet, une partie affirme qu’il faudrait les interdire puisqu’il est inutile d’effrayer la population et que c’est une forme de violence ; l’autre partie est contre car ils pensent qu’un parti a droit à sa liberté d’expression, c’est simplement une façon de justifier ses idées. Nous pouvons donc conclure que ces affiches sont une carte de visite de l’UDC, qu’elle soit vue négativement ou positivement.
La politique n’est pas à la mode chez les 15-20 ans
Le sondage que nous avons mené à propos des affiches anti-minarets nous a laissé béats. Ce n’est pas l’avis politique des jeunes étudiants entre 15 et 20 ans qui nous a étonné mais bien le désintérêt concernant ce sujet. En effet, 63% des sondés ont affirmé ne pas suivre le débat et une grosse partie d’entre eux n’avait jamais vu les affiches. Certains ont même refusé de répondre au sondage puisqu’ils disaient « ne rien y comprendre ». Comment est-ce possible puisque le sujet a fait et fait encore actuellement polémique dans tous les médias ? De plus, lorsque nous leur avons demandé s’il fallait ou non interdire ces affiches, 27% d’entre eux n’avaient pas d’avis sur la question. Le rôle d’une maturité gymnasiale ou commerciale et d’un diplôme de culture générale n’est-il pas en partie de former l’esprit critique et de permettre de réfléchir par soi-même ? Ces jeunes-là sont peut-être les politiciens et politiciennes de demain, les juristes, les grandes avocat(e)s du futur. Ne serait-il pas indispensable de veiller à informer les jeunes de ce qu’est la politique puisqu’ils auront (ou ont déjà) un pouvoir de décision dans notre pays ? Il n’est pas trop tard pour s’instruire… alors espérons que la curiosité politique naitra un jour dans ces jeunes esprits!
Cécile Genoud, Nita Meha, Jérémy Rico et Angélique Kuenzle
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